Mon conjoint est décédé il y a un peu plus de trois ans dans votre service, suite à un accident de scooter (arrêt cardiaque pendant le transport des secours). Je réalise aujourd’hui l’impact émotionnel chez les professionnels qui l’ont pris en charge ce soir-là , impact provoqué par le fait de ne pas être parvenus à sauver un papa de 42 ans, laissant une femme et 3 enfants. Je voulais remercier l’urgentiste et son équipe qui ont tenté de le réanimer. Mes souvenirs sont un peu parasités mais je me souviens que c’était une femme.

Je sais que l’équipe a fait tout ce qu’elle pouvait. Je voulais remercier également l’infirmière psy qui m’a prise en charge et qui m’a accompagnée sur ces deux drôles de moments : Le moment qui précède la mort et le moment qui lui succède. Je me souviens un peu de ses mots et de ses silences, professionnels mais déterminants pour moi et le premier traitement du deuil.

Je voulais vous dire surtout que nous allons bien !!! Les enfants ont 6, 10 et 15 ans maintenant. Ils ont continué leur vie, à la maison, à l’école, avec la famille, les copains. Le manque est réel mais le souvenir de leur papa est présent, accepté, entretenu, avec émotion et sérénité. Nous avons eu l’occasion de découvrir que nous étions solides et savoir cela, c’est une véritable force pour les futurs adultes qu’ils seront.

En fait, je voulais que vous ayiez à l’esprit que lorsque la vie semble s’arrêter, quand le malade ou l’accidenté n’a pas réussi à survivre et que l’équipe médicale, malgré les compétences, la technologie et le coeur, n’a pas réussi non plus à le sauver, et bien, tout n’est pas perdu. La balle est alors dans le camp des proches vivants et ceux-là peuvent peut-être trouver les moyens de continuer la vie, pas celle du mort évidemment mais la vie tout court, et évidemment la leur… C’est notre cas.

Au moment de la mort de votre patient, j’imagine que vous ne voyez que le drame, ces 3 enfants de 3, 7 et 12 ans, orphelins, cette maman qui semble perdre pied, mais sachez qu’il y a un après… grâce au temps, à l’aide (familiale, institutionnelle, sociale…) et à la force de vivre de chacun, transmise d’ailleurs par ce papa qui n’est plus là, les choses s’arrangent, reprennent leur cours…Le drame n’est finalement que temporaire, parfois en tout cas.

Un grand merci et un grand courage donc à vous tous !!!

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